Bien Commun
- dianedevau
- 12 avr. 2017
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Du latin bene, le terme « bien » renvoie à la fois à un ce qui est opposé au mal, une probité répondant aux règles de la morale sociale, et une possession matérielle comprenant des droits et des devoirs. Formé du préfixe com- (avec) et du substantif munus signifiant « le don » mais aussi « la charge », le terme « commun » provient du latin communis définit comme ce qui sert à tout le monde ou un groupe de personne, un droit qui peut être partagé de part son caractère ordinaire, habituel et répandu mais qui suppose un devoir qui nous incombe au regard de ces droits.
Ce concept relativement plastique se situe à la croisée d’un intérêt public incarné par l’Etat et les collectivités, et d’un intérêt privé soumis à la concurrence. La genèse du concept remonte en réalité à l’Antiquité, dont l’acception renvoyait tant aux différents types de propriété qu’aux divers choix d’organisation socio-politique qui tendent à l’harmonie collective. La distinction entre la personne et les choses, héritage du droit romain, interpelle quant à la question de l’appropriation d’un bien meuble ou immeuble. Des Institutes distinguant « « les choses sacrées » , propriété des dieux ; les « choses publiques », qui appartiennent à l’Etat ou à la Cité ; les « choses privées », propriété des personnes organisées par le droit privé ; enfin, « les choses communes » jusqu’à la théorie classique du droit s’intéressant à la distinction entre « La chose publique », la Res publica ; celle qui appartient à tous et ne peut appartenir à personne en particulier, [et] la Res communis, « La chose commune » »[1], le droit français maintient tout au long du XIXe siècle cette dichotomie entre les biens du domaine public et les biens attachés aux patrimoines particuliers.
De l’autre côté de la Manche, les communs anglais laissaient pourtant entrevoir une application de ce concept à travers l’utilisation commune, par exemple, de fours par des paysans. La notion de biens communs ne prendra officiellement corps qu’à la suite du Sommet de la Terre de Rio en 1992, avec la rédaction du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Les biens communs se différencient des biens privés, qui sont divisibles, excluables et rivaux ; mais aussi des biens publics, qui eux sont non divisibles, non-excluables et non-rivaux. Buchanan avait dès 1965 tenté de poser les jalons de cette distinction avec le concept de « biens de club », en démontrant que des biens pouvaient être non-rivaux mais excluables par les prix. Depuis quelques années, les biens communs ont ôté leur pluriel pour revêtir le singulier, passant d’une représentation renvoyant à la propriété d’objets à une représentation renvoyant à une manière de penser les individus dans leur environnement social et territorial. En ce sens, le bien commun en se situant à l’interstice entre l’Etat et le marché permet de rendre intelligibles les grands enjeux du XXIe siècle.
Le bien commun vient réinterroger les modes de gouvernances mis en place pour conduire et légitimer des projets urbains en insistant sur l’importance de la pluralité des acteurs dans l’élaboration d’une stratégie cohérente au long terme. Le terme de commun au singulier est pensé comme un principe politique, le premier pas qui fonde les communs, entendu comme les choses non pas gouvernées par une gestion publique ou privée mais régies par les règles de l’usage. Il n’y a d’obligation politique légitime que celle qui procède d’une activité, d’une praxis dont Aristote faisait état d’une finalité inhérente à l’action. Pierre Dardot et Christian Laval s’inspirent de la pensée aristotélicienne dans leur analyse du « commun » comme alternative politique. Selon eux, « seule une pratique en commun peut décider de ce qui est « commun » ».[2] Ils appuient leur réflexion autour du triptyque du commun comme principe, des communs comme espaces d’activité et de la commune comme forme locale de gouvernement, afin d’interroger l’organisation de nos sociétés. Si le droit de propriété se trouvait détrôné par le droit d’usage, les rapports sociaux en seraient, sans nul doute, modifiés. A ce titre, ces auteurs plaident en faveur d’un travail de refondation et souhaitent mettre un terme aux ravalements de façades, car une ville où la justice sociale est bafouée, où le citoyen-usager est privé de son droit de participer, cesse dès lors d’être un espace politique pour devenir un immense hypermarché...
[1] HACKER, Violaine, « A la recherche du bien commun territorial », Revue Urbanisme, Hors-série n°52, mars 2015
[2] DARDOT Pierre et LAVAL Christian, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014